Le blog de Laurence Benaïm

Le 26 Mar 2012, par  

ZAHIA CHEZ HELMUT NEWTON

Mais que vient faire la sulfureuse blonde yorkshire dans l’antre du Grand Palais ? Avec elle, le Grand Palais prend des airs de Croisette, les photographes criblent la silhouette gainée de vert amande, une robe d’où jaillit une poitrine aussi disproportionnée que timide est la visiteuse : « oh oui il a fait de belles mises en scène. Ça me plait. Celle que je préfère ? La femme sur le lit avec la selle de cheval ». En ce vendredi de vernissage, le spectacle est autant dans le public que sur les cimaises (pourquoi avoir choisi ces fonds doucereux couleur de macarons), là où Jean Pigozzi parle avec Alber Elbaz, tandis que Catherine Deneuve salue Monique Lang. Les pas sentencieux des officiels de la photo française se laissent tasser un peu plus par celui de grandes blondes hérissées sur leur Louboutin. La langue rouge est sous les semelles. Avec Newton elle était partout. Outrageusement libérée de tous les complexes qui nous assomment, de cet hygiénisme lancinant justifiant les pires exercices de style justifiés maladroitement en son nom, par Tom Ford ou Carine Roitfeld. « S’il y a une chose que j’emporterai dans l’au delà, c’est mon shopping Saint Laurent » s’amuse Helmut Newton dans un film consacré à son travail. Au-delà de la rétrospective qui l’honore, il semble étrangement présent. Là, dans cette manière de saisir Cindy C au vol, descendant des escaliers, de la placer en maillot de bain hollywoodien à côte de vieux musiciens aux yeux bandés. Là, capable de tout imaginer, pour que d’un clic, l’histoire se fasse. Compositeur, scénographe, maître absolu autant qu’enfant. Sans une flopée d’assistants, de retoucheurs, de conseillers. Liberté d’un regard que rien n’entrave, sous le soleil de l’aisance absolue. « Il ne prend jamais deux photos quand une suffit » pointe June Newton.

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